Niveau : avance · Sujet : technologies de reproduction, bioethique, droit medical
Dans le materiel gratuit, nous avons explique le fonctionnement du gene TP53 et pourquoi la "similitude" genetique entre donneur et receveuse peut constituer un risque pour l'enfant. Ici, nous allons plus loin — vers des questions que juristes, medecins et philosophes ne parviennent pas a resoudre depuis des decennies : qui est responsable des mutations cachees dans le materiel de don ? Et l'enfant a-t-il le droit de savoir ce qu'on lui a deliberement cache ?
Les premieres banques de sperme sont apparues dans les annees 1950, quand la genetique moleculaire n'existait pas encore comme discipline. La double helice n'a ete dechiffree qu'en 1953, et la notion de "depistage genetique" n'a commence a penetrer la pratique clinique qu'a partir des annees 1970. La medecine de reproduction s'est developpee dans un vide reglementaire, et les normes qui se sont constitutes a cette epoque determinent la pratique dans de nombreux pays encore aujourd'hui.
Le protocole standard de depistage des donneurs de sperme dans la plupart des pays europeens comprenait, jusqu'au debut des annees 2010 :
Le depistage des mutations hereditaires — portage de la mucoviscidose, de l'amyotrophie spinale, du syndrome de l'X fragile — n'etait pas standard. Dans la plupart des cliniques privees, il ne l'est toujours pas.
La technologie NGS moderne (sequencage de nouvelle generation) permet de verifier en une seule procedure le statut de porteur pour des centaines de maladies hereditaires. Le cout d'une telle analyse a chute ces dix dernieres annees de plusieurs milliers a plusieurs centaines de dollars.
Pourtant, son utilisation dans le cadre du don reste l'exception plutot que la regle. Les raisons sont multiples :
En 1997, l'UNESCO a adopte la Declaration universelle sur le genome humain et les droits de l'homme. Elle consacre le concept de "droit de ne pas savoir" ses propres informations genetiques. Cela semble contre-intuitif, mais le concept a sa logique : la connaissance d'une maladie incurable peut causer un prejudice psychologique, et en l'absence de traitement, n'apporter aucun benefice pratique.
Mais lorsqu'il s'agit de don, des tiers entrent en scene — les enfants. Et c'est la qu'apparait ce que les bioethiciens appellent un "conflit d'autonomies" :
Ces droits peuvent entrer en contradiction directe.
Un precedent reel : En 2024, au Royaume-Uni, un groupe de donneurs anonymes a depose des plaintes contre des cliniques pour obtenir la protection de leur confidentialite. Simultanement, plusieurs enfants nes par don dans ces memes cliniques reclamaient en justice le droit d'obtenir les donnees genetiques completes de leurs peres biologiques — apres avoir recu un diagnostic de maladie hereditaire. Les tribunaux britanniques ont traite chaque affaire individuellement, soulignant qu'il n'existe pas de solution universelle dans la legislation en vigueur.
Dans le module Premium ferme : une liste de verification en 12 points pour evaluer une clinique ; un guide pour lire soi-meme le rapport genetique d'un donneur ; et trois affaires judiciaires reelles de 2023-2025 dans lesquelles des donnees genetiques ont change l'issue du dossier.
MAPASGEN — le podcast sur la genetique qui change deja votre vie.