En 2019, un tribunal britannique a examiné une affaire qui a fait grand bruit dans les milieux juridiques. Deux femmes — une mère biologique et sa partenaire — s’étaient séparées lorsque leur enfant avait trois ans. La partenaire n’avait aucun statut parental légal : elle n’avait jamais formellement adopté l’enfant, même si c’était elle qui l’avait élevé pendant ses premières années, tandis que la mère biologique travaillait. Il n’y avait pas de convention de coparentalité.
Le tribunal ne pouvait pas la reconnaître comme parent — il n’existait aucun fondement juridique pour le faire. Il pouvait seulement examiner les questions de droit de visite. Après deux ans de procédure, elle a obtenu le droit à des visites régulières. Pas la filiation — des visites.
Ce n’est pas l’histoire d’un tribunal qui a commis une erreur. C’est l’histoire d’un résultat scellé bien avant que l’une ou l’autre ne franchisse la porte du tribunal.
Une convention de coparentalité (parfois appelée plan parental) est un document dans lequel deux adultes ou plus, qui prévoient d’élever un enfant ensemble, mettent par écrit leurs engagements : qui prend quelles décisions, comment le temps de l’enfant est réparti, comment les désaccords sont résolus, et ce qui se passe en cas de maladie, de déménagement ou de décès de l’un des parents.
Ces conventions sont utilisées aussi bien par des couples hétérosexuels que par des couples de même sexe, ainsi que par des personnes qui envisagent une coparentalité sans relation amoureuse — un couple de femmes et un ami donneur, par exemple, ou deux couples décidant d’élever un enfant à quatre.
La valeur juridique d’un tel document varie selon les pays. Dans certaines juridictions, une convention notariée a une force juridique directe. Dans d’autres, un tribunal la considère comme un indice important de la volonté des parties, sans être lié par elle. Dans tous les cas, son existence change fondamentalement la situation : au lieu de « chacun dit quelque chose de différent », il y a un document signé avec des dates et des engagements précis.
Une convention n’est pas un signe de méfiance. C’est la preuve que l’on s’est vraiment mis d’accord sur la même chose — pendant qu’il n’y a encore rien à se disputer.
La première chose à établir est de savoir qui est parent au sens légal, qui l’est au sens pratique — et comment ces deux dimensions s’articulent.
Si des adultes impliqués n’ont pas de statut légal, quel est leur niveau d’implication prévu — et comment cela sera expliqué à l’enfant
Cette section est souvent négligée parce qu’elle semble évidente. C’est pourtant celle qui génère le plus de conflits des années plus tard.
La question du lieu de vie de l’enfant est centrale lors de toute séparation. S’y mettre d’accord à l’avance supprime le principal sujet de litige potentiel.
Ce dernier point est l’une des sources de conflit les plus fréquentes. Sans accord explicite, chacun interprétera la situation à son avantage.
L'éducation d'un enfant est un flux continu de décisions — du choix du pédiatre à celui de l'école, des habitudes alimentaires à l'éducation religieuse. La convention doit distinguer clairement ce qui doit être décidé conjointement et ce qui peut l'être indépendamment.
Une bonne convention distingue les décisions « du quotidien » — prises par celui chez qui l'enfant se trouve à ce moment-là — des décisions « stratégiques » qui nécessitent une concertation.
L'argent est la deuxième source de conflit après la résidence. La partie financière doit être aussi précise que possible.
Cette section est particulièrement importante dans les situations de conception par don — et est souvent complètement omise.
La vie évolue. Une convention parfaitement adaptée à un nouveau-né peut ne plus fonctionner lorsque l'enfant a sept ans — ou lorsqu'un parent entre dans une nouvelle relation.
Les clauses les plus importantes d'une convention sont celles qu'on n'aura jamais à utiliser. Et celles qui sauvent tout si on doit les utiliser.
Une convention de coparentalité n'est pas un modèle universel. Son contenu dépend de la structure familiale.
Si le donneur de sperme est un ami ou une connaissance qui souhaite être impliqué dans la vie de l'enfant, la convention doit préciser clairement : est-il un parent ou un donneur sans statut parental ? Quel accès a-t-il à l'enfant ? Comment est-il appelé ? Que se passe-t-il si sa situation change ?
Laisser ces questions sans réponse n'est pas une position neutre. C'est un conflit différé.
Ici, la question centrale est le rôle de la mère porteuse après la naissance. Souhaite-t-elle rester dans la vie de l'enfant ? En quelle qualité ? Qu'en pensent les pères ? Une convention ne peut pas la lier à un type de relation avec l'enfant — mais elle consigne les attentes de toutes les parties.
Deux couples décidant de devenir parents ensemble est l'une des configurations de coparentalité en croissance la plus rapide. La convention est ici particulièrement importante : quatre adultes avec quatre visions de l'éducation, et potentiellement quatre situations relationnelles qui peuvent évoluer.
Le minimum pour cette configuration : qui détient la filiation légale (en général deux des quatre — davantage n'est pas possible dans la plupart des pays), comment les décisions sont prises en cas de désaccord, et que se passe-t-il si l'un des couples se sépare.
Si le second adulte dans la vie de l'enfant n'est pas un parent légal, une convention est particulièrement importante. Elle établit son rôle, son niveau d'implication et ses droits en cas d'urgence. Sa situation légale restera limitée — mais le document crée de la transparence et réduit les risques de conflit.
Faut-il un avocat ?
Pour la notarisation — oui. Pour la rédaction de la première version — pas nécessairement, mais c'est conseillé. Un avocat spécialisé en droit de la famille sait quelles clauses les tribunaux de votre pays prennent au sérieux et lesquelles non. Il signale également les pièges courants qui ne sont pas évidents pour les non-juristes.
Si vous vivez tous les deux dans le même pays — dans la langue de ce pays, idéalement notariée. Dans les situations transfrontalières (un parent en France, l'autre en Belgique) — deux versions avec traduction certifiée peuvent être nécessaires. Plus complexe — mais plus solide juridiquement.
Quel est le bon moment ?
Idéalement — avant la conception. Avant le choix du donneur, avant la signature d'un contrat de GPA, avant toute procédure médicale. À ce stade, il n'y a pas encore d'enfant, pas d'épuisement, pas de rancœurs accumulées — seulement des projets et des intentions. C'est le moment le plus propice à une négociation honnête.
Une étude australienne publiée en 2021 dans le Journal of Family Studies a montré que les couples disposant d'une convention de coparentalité écrite avaient 3,4 fois moins recours aux tribunaux lors d'une rupture que ceux qui n'en avaient pas. Les conventions elles-mêmes n'avaient pas toujours de force juridique directe — mais leur existence modifiait le caractère des négociations.
Un document ne crée pas des obligations. Il crée un langage commun. Et parfois, c'est suffisant.